Le pouvoir c’est l’argent

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Les leçons de Deasy :

1 – Savez-vous ce qui fait la fierté des anglais ? Savez-vous  quelle est la parole la plus fière qui puisse sortir de la bouche d’un anglais ? Je vais vous dire quelle est l’affirmation de sa fierté suprême . J’AI PAYE MON DU.

MAIS STEPHEN DEDALUS EST IRLANDAIS

2 – Souvenez-vous de ce que je vous dis, monsieur Dedalus. L’Angleterre est aux mains des juifs. Dans tous les postes élevés: sa finance, sa presse. Et ils sont les signes de la décadence d’une nation. Partout où ils s’assemblent ils sucent la vitalité de la nation. Voilà des années que je vois cela venir. Aussi vrai que nous sommes ici, les marchands juifs ont commencé leur oeuvre de destruction. La vieille Angleterre se meurt.

Vous pouvez voir les ténèbres dans leurs yeux. Et c’est pourquoi ils sont encore errants sur la terre de nos jours.

Ils ont pêché contre la lumière.

 

Apprendre à compter

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« A travers la page les symboles déroulaient leur moresque solennelle, leurs momeries de petites lettres, coiffées de carrés et de cubes en guise de casquettes cocasses. Donnez-vous la main, pivotez, saluez votre partenaire : comme ça : farfadets fils de l’imagination des Maures. Partis de ce monde eux aussi, Averroès et Moïse Maimonide, hommes enténébrés de  mine et de mouvement faisant  à leurs miroirs moqueurs flamboyer l’âme obscure du monde, obscurité brillant dans la clarté et que la clarté n’a point reçue.

– Avez-vous compris maintenant ? Pouvez-vous faire, la seconde opération par vous-même?

– Oui monsieur.

En longs jambages tremblés Sargent copia les données. Attendant toujours une parole d’aide sa main déplaçait scrupuleusement les chiffres chancelants, une faible nuance de honte papillotant sous sa peau terne.

– C’est très simple dit Stephen en se levant.

– Oui monsieur. Merci, répondit Sargent.

Il sécha la feuille avec un mince buvard et s’en alla ranger le cahier dans son pupitre. »

Stephen enfant

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« Laid et insignifiant. Cou maigre et cheveux broussailleux et une tache d’encre, la bave d’un limaçon. Pourtant quelqu’un l’avait aimé, l’avait porté dans ses bras et dans son coeur. Sans elle, le monde dans sa course l’aurait foulé aux pieds, flasque limaçon écrabouillé. Elle avait aimé son sang pauvre et aqueux tiré du sien. Cela était donc réel ? La seule chose sûre en ce monde ? Le corps prostré de sa mère. Elle n’était plus : le squelette tremblant d’une brindille brûlée au feu, une odeur de bois de rose et de cendres mouillées. Elle l’avait empêché d’être foulé aux pieds et puis elle s’en était allée, ayant à peine existé. Une pauvre âme partie aux cieux.

De son sang pauvre et de son maigre lait aigre, elle l’avait nourri et elle avait caché ses langes aux yeux des gens.

Tel il est, tel j’étais, ces épaules fuyantes, cette gaucherie. C’est mon enfance qui se penche près de moi. Trop loin pour que ma main la touche au passage ou du bout des doigts. La mienne est loin et la sienne est secrète comme nos yeux. Des secrets silencieux, pétrifiés trônent dans les palais sombres de nos coeurs à tous deux : les secrets lassés de leur tyrannie  : des tyrans désireux qu’on les détrône. »