Un lieu – une porte – une clé

 

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 » Sur le pas de la porte il tâta sa poche de derrière à la recherche de la clé. Pas là. Dans le pantalon que j’avais hier. Dois la récupérer.

Il tira derrière lui la porte d’entrée très lentement, flasque couvercle. A l’air fermé.  »  JJ

Le 7 Eccles street n’est pas une maison de famille, juste un lieu de passage avant ailleurs …

une maison sans racine

une maison flottante, un radeau

un lieu – une porte – une clé qui se promène

une clé que Stephen a abandonnée et que Léopold a perdue

une clé pour l’énigme

la clé disparue, reste le trou du verrou

un trou ouvert à double tours

une brèche libérée, un entrebaillement qui fend  l’espace

un interstice qui engendre la vue

Stephen et Léopold quittent tous deux une maison qui n’en est pas une

ils sortent

ils sortent du cadre

ils perturbent les lignes

 

 

8 HE-RES – 7 ECCLES STREET

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MAISON MURAILLE – MAISON BOITE – MAISON ENVELOPPE – MAISON NID – MAISON CONTOUR – MAISON TOUR – MAISON CAGE – MAISON CAVERNE

L.B crèche près de New Helmstedt street, entre Regent street et le Belvédère, entre Temple street et Needle street. C’est l’été ! Des merles se perchent près des hêtres et des frênes verts. Les venelles et les vergers sentent l’encens et l’essence de pêche. C’est le réel, le spleen le prend et le berce. L.B prend fermement ses clés, se presse près des fenêtres d’Eccles street et erre vers Emmet street. L.B émerge lentement de ses rêves. De véhémentes pensées semblent s’empresser vers cette cervelle, enfer de sexes effervescents et de lèvres expertes, tremblements de cendre et de perles enchevêtrées. L.B dépense sept pences, rentre et apprête tendrement le thé, le verre de schweppes et le kleenex de M.B, M.B déesse éternelle des ventres et des fesses, vedette entre les vedettes, fée des kermesses et des fêtes. Elle ne desserre les dents, elle pense. Le temps s’étend lesté de sens.

Des mots à triturer et torturer

 

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sueur sang  salive bave morve vomi sperme larme urine crachat pus

le corps fait des taches taches de vie, taches de mort

constellations palpitantes pleïades frémissantes nébuleuses jubilantes

page d’écriture

sur la peau du parchemin

des rides parcourent un texte tuméfié sur la toile de coton blanc

des humeurs s’écoulent

c’est une blessure qui supure de mots bourgeonnants

ratures et brûlures tatouent la peau des choses

page d’écriture

traits et entrailles se déchirent et se répandent en lambeaux de pages

la pulpe exténuée du papier griffée, ridée recueille des chips de signes effrités

dans le champ des brouillons emmêlés

la brèche du sens fendille la chair des signes

page d’écriture

des lignes se décomposent et moisissent dans l’inflammation du texte

la gangrène du sens hache la page

une charpie embrouillée balafres et gribouillis recouvrent la plaie sèche comme un livre

page d’écriture

(dédié  a Michel Butor – 2006)

Des mots pour voir

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 » A la recherche de l’un de ces livres alphabets que tu devais écrire. Les livres que tu allais écrire avec des lettres pour titre.Vous avez lu son F. Oh oui mais je préfère Q .Certes mais W est magnifique. Ah oui . Rappelle toi tes épiphanies écrites sur des feuilles vertes, ovales, profondément profondes, exemplaires à expédier en cas de décès à toutes les grandes bibliothèques du monde, y compris celle d’Alexandrie. Quelqu’un devait les lire, là au bout de quelques milliers d’années. Quand on lit ces pages étranges de quelqu’un disparu il y a longtemps on a l’impression de ne faire qu’un avec quelqu’un qui un jour … » JJ

Des lettres magiques,

W

K

tenant lieu de X,

les lettres sont des passagers clandestins

Oui W est magnifique

Lire les signes pour s’extraire des limbes

La réincarnation des morts par le lecteur

La bibliothèque : un cimetière à ressusciter

 

Voir la mort

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Dans le sommeil le signe humide sonne son heure, la prie de se lever. Lit nuptial, lit d’enfantement, lit de mort, cierge funèbre. Omnis caro ad te veniet. Il approche, pâle vampire, à travers la tempête ses yeux, sa voilure de chauve-souris ensanglante la mer, lèvres collées à mes lèvres.

Voici épingle-moi ce gaillard, veux-tu bien ? Mes tablettes. Bouche volant le baiser. Non il en faut deux. Ensemble cousus main. Lèvres collées à mes lèvres.

Déplaçant dans le ciel ses hauts espars, un trois-mâts, voiles mises en croix, rentre au port, remontant le courant, se déplaçant en silence, vaisseaux silencieux.

Voir dans le noir

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VOYE VOYE VOYE VOYE

VOIS

ATTENDS VOIR

JE VOIS , ENSUITE PENSE DISTANCE, PRES LOIN PLAT, JE VOIS

AH JE VOIS MAINTENANT. REVIENS SOUDAIN EN PLACE, ARRET SUR IMAGE STEREOSCOPIQUE

Vous trouvez mes mots bien obscurs. L’obscurité , elle est dans nos âmes non ? En plus mélodieux.

VOIR LE NOIR

A L’INTERIEUR

IL CROIT

LE NOIR ME VOIT

NUIT NOIRE

PAR LA PASSOIRE DU TEMPS

LE NOIR TOMBE

DE SECONDE EN SECONDE

COMPTE L’HECATOMBE

DES HEURES

TOMBES DU TEMPS

DEBOULANT EN TROMBE

AVIDEMENT

ALPHABETS CHAVIRES

MOTS CARBONISES

OUTRE-NOIRE

LA NUIT LUIT

SIGNES D’ENCRE

REPERTOIRE DE NUITS

REPERTOIRE DE NOIRS

MURS DE MOTS

MURS DE MORTS

( Les litanies de la nuit – Extrait – 2007)