Catégorie : Métamorphoses /

Stephen se fait chien

 

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Stephen the mummer, a poor dogsbody

un chien algue vague divagant

« Le chien trottinait sur les bords d’un banc de sable s’érodant, reniflant à droite à gauche. A la recherche de quelque chose égaré dans une vie antérieure. Soudain il détala comme un lièvre, oreilles baissées pourchassant l’ombre d’une mouette rasant l’eau. Le sifflet suraigu de l’homme s’abattit sur ses oreilles tombantes. Il fit demi-tour, quelques bonds le rapprochèrent, ses pattes moulinèrent à nouveau son trot. Sur champ orangé un cerf passant au naturel sans massacre. A la limite dentelée du flot il se campa droit sur ses pattes avant, les oreilles pointées vers la mer. Son museau levé aboiements lancés contre la clameur des vagues, troupeau de morses. Elles serpentaient vers ses pattes en boucles déroulant leurs crêtes infinies, la neuvième à chaque fois se brisant  et clapotant plus forte, du lointain, du large, des vagues , encore des vagues.

Le chien accourut en jappant , il se dressa pour les agripper de ses pattes levées, retomba sur ses quatre fers puis se dressa encore vers eux, démonstration muette d’ours mal léché, d’affection excessive. Dans l’indifférence générale, il continua à les accompagner  en direction du sable sec, tirant une loque de langue de loup rouge et pantelante de sa gueule. Son corps tacheté trottina vers eux puis il piqua un galop de jeune veau.

La charogne se trouvait sur son chemin. Il s’arrêta, renifla, se raidit pour tourner autour de lui, frère , approcha la truffe, tourna encore, reniflant rapidement comme un chien, la peau débraillée du chien crevé. Crâne de chien, flair de chien, les yeux baissés s’avance vers un seul et unique but. Ah pauvre corps de chien ! Ci-gît le corps du pauvre corniaud. »   James JOYCE

Protée se fait forme et déforme

 

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 » L’immortel Protée , le prophète d’Egypte qui connaît de  la mer entière les abîmes; … il te dirait la route, la longueur des trajets et comment revenir sur la mer aux poissons…

Quand le soleil tournant là-haut touche au zénith, on voit sortir du flot ce prophète des mers; au souffle du zéphyr qui rabat les frissons de sa noire perruque, il monte et va s’étendre au creux de ses cavernes; en troupe, autour de lui, viennent dormir les phoques de la Belle des Mers qui sortent de l’écume, pataugeant, exhalant l’acre odeur des grands fonds…

En parcourant leurs rangs, il va compter les phoques; quand il en aura fait cinq par cinq, la revue, près d’eux il s’étendra comme dans son troupeau d’ouailles un berger. C’est ce premier sommeil que vous devez guetter. Alors ne songez plus qu’à bien jouer des bras; tenez le quoi qu’il tente: il voudra s’échapper, prendra toutes les formes, se changera en tout ce qui rampe sur terre, en eau, en feu divin; tenez le sans mollir!…Mais lorsqu’il en viendra à te vouloir parler, il reprendra les traits que vous lui aurez vus en son premier sommeil; c’est le moment seigneur: laissez la violence, déliez le vieillard et demandez lui quel dieu vous crée des embarras.

Avec des cris nous nous précipitons, toutes nos mains l’étreignent. Mais le vieux n’oublie rien des ruses de son art. Il se change d’abord en lion à crinière, puis il devient dragon, panthère et porc géant; il se fait eau courante et grand arbre à panache. « 

HOMERE

trouver son chemin dans l’indistinct et donner forme à l’informe

formes de l’informe, scènes d’un monde flottant

De fils en fils la vie se faufile

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réseaux de filaments sinueux ramifications de fibrilles effilochées alvéoles gonflées de veinules ruisselantes la ligne de vie se tend de vaisseaux filandreux en artères déroulées circulation de canaux ondulants filons fluides se faufilant page d’écriture (dédié à Michel Butor 2006)

Les pierres respirent

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« Tous ces putains de rochers, des os pour passer les chausses à sec. »

« Il les contemple fièrement, crânes de mammouth de pierre amoncelés. Lumière dorée sur la mer, le sable , les enrochements , le soleil est là, les maisons citrons. »

Troupeaux de cachalots échoués sous le midi brûlant. Ils crachent soubresauts boiteux sur les bancs de sable. »

 

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la terre explose en nébuleuse

la matière affolée

pétille et fourmille

les corps solides

se dispersent, éclaboussent et se condensent

substances lointaines

constellations en ébullition

page d’écriture

( hommage à Michel Butor 2006)

Les algues s’épanouissent en jupons alanguis

 

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algues gluantes divagant en algorythmes dégoulinants algues anguilleuses alanguies fleurs s’ouvrant femme dénudée relevant son pièce aquatique

RESSEMBLANCES DECHIRANTES

galons, volants, festons, résilles, torsades, franges, frissons de satin tendres ou rageurs enroulements de velours souples ou serrés, banderoles en volutes nerveuses, oriflammes échevelés lanières effilochées écheveaux  emmêlés et alanguis vagues de rubans bondissant, page d’écriture ( hommage à Michel Butor 2006)

Tout se transforme : l’eau écrit des lignes

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La lisière du trouble

l’eau flue, reflue,

éclaboussure , giclure

gonflée de matière trop lourde

elle s’effondre en dégoulinures lascives

en chutes ruisselantes

mares et flaques au contours incertains

se répandent en nappes irisées

qui s’écoulent, dérivent, inondent

le pays de la plage

le pays de la page

page d’écriture

( Hommage à Michel Butor 2006)