Catégorie : EPISODE 14 /

LA SURVIE DE LA LANGUE 7

A LA MANIERE DE THOMAS CARLYLE

L’air du dehors est imprégné de moite rosée pluviale, céleste essence de vie qui brille là sur le pavé de Dublin, sous le caelum clairstellé. L’air sacré, l’air du Père Universel, l’air scintillant, circumambiant, cessile. Aspire le jusqu’en tes profondeurs.

LA SURVIE DE LA LANGUE 6

A LA MANIERE DE JOHN RUSKIN

Mais de même qu’avant l’éclair les nuages amoncelés de l’orage, lourds de leur excessive surcharge d’humidité, de leurs masses enflées, distendues, turgescentes englobent ciel et terre dans une torpeur une et totale, suspendus sur les champs desséchés, les boeufs somnolents, la végétation brûlée des buissons et les frondaisons vertes jusqu’à ce qu’en un instant l’éclair crève leur centre et qu’avec les roulements répercutés du tonnerre, l’averse tombe à torrents ainsi et non autre fut la transformation violente, instantanée aussitôt que fut prononcé le Mot.

LA SURVIE DE LA LANGUE 5

A LA MANIERE DE LAWRENCE STERNE

Alors malgré tous les jets d’eau du ciel, nous nous en fussions tirés sains et saufs Mais misère de moi… demain il fera jour et mille tonnerres, je sais un certain marchand de capotes, Master Poyntz, chez qui je pourrai me fournir pour une livre de la plus seyante cape à la mode anglaise qui ait jamais gardé dame d’être mouillée.

LA SURVIE DE LA LANGUE 4

A LA MANIERE DE JOHN EVELYN SAMUEL PEPYS

Après grande sécheresse, grâces à Dieu, la pluie, un batelier venu par eau d’une distance de environ cinquante milles avec chargement de tourbe allait disant que la graine ne levait point, la terre ayant soif, présentant mauvaise couleur et odeur, marais comme landes. Air étouffant et les jeunes pousses toutes sèches en désir de pluie un si longtemps que personne n’avait mémoire de tel manque . Les bourgeons tournés du rose au brun et brouis, et rien sur les collines qu’ajoncs et brindilles prêts à flamber au premier feu…Mais peu à peu comme il a été dit , ce soir-là après le coucher du soleil, le vent demeurant à l’ouest, de gros nuages enflés parurent comme la nuit se faisait obscure et que ceux qui prédisent le temps les scrutaient et d’abord des épars et en suite, passé dix heures d’horloge, un maître coup de tonnerre qui dura longuement et en un instant tous de décamper jusques au logis sous l’averse fumante…à travers Merrion Green jusques à Holles street courait un torrent d’eau sur la place paravant sèche comme l’os …l’averse tombait dru… en bref il tomba prodigieuse quantité d’eau et tout en fut rafraîchi et la récolte s’en trouvera bien d’autant.

LA SURVIE DE LA LANGUE 3

A LA MANIERE DE SIR THOMAS BROWNE

Un noir fracas, rumeur dans la rue éclata, quel trac, hurla, retomba. De sa senestre sinistrement Thor tonna : en grande fureur le dieu marteleur. Et voici la tempête qui fait cogner son coeur…et son coeur sautait entre ses côtes cependant qu’il goûtait à la rumeur de cette tempête…et il but d’une seule haleine pour se remettre coeur au ventre car par tout le ciel roulaient tonnerres grondants… tant que Maître Madden dévot par occasion, battit sa coulpe à ce fracassement de jugement dernier, et pour Maître Bloom qui était aux côtés du bravache, il lui dit paroles rassurantes aux fins d’accoiser sa grande paour, lui remontant que ce n’était que tintamarre qu’il oyait là et la décharge du fluide hors le nuage éclairant, voyez-ci ayant eu lieu, le tout n’étant que phénomène d’ordre naturel…

LE CYCLE DE LA VIE

Qui que tu sois, ô homme, considère ta fin qui est la mort, laquelle a prise sur tout homme né de femme, car de même qu’il sort nu du ventre de sa mère, ainsi s’en retournera-t-il nu à son heure dernière afin de partir comme il est venu

Les trois soeurs nous poussent dans la vie, nous gémissons, grossissons, jouons, embrassons, étreignons, lâchons, rabrougrissons, mourons, sur nous morts, elles se penchent.

LE CYCLE DE LA VIE : la chair, matière changeante de la vie

Et vite en silence, l’âme aspirée plane au dessus de régions de cycles des cycles de générations qui furent

A la fois la natalité et la mortalité aussi bien que tous les autres phénomènes d’évolution, mouvements de marées, phases lunaires, températures sanguines, maladies en général, tout en un mot dans l’immense atelier de la nature, depuis l’extinction de quelques soleils lointains jusqu’à la floraison de l’une des innombrables fleurs qui embellissent nos jardins publics, est soumis à une loi du nombre encore non déterminée

LE CYCLE DE LA VIE : les métamorphoses de la chair

La vie est une plaie d’Egypte.

Et de même que les fins et aboutissants de toutes choses s’accordent en quelque manière et mesure avec leur commencement et origine, cette même concordance multiple qui fait partir de la naissance l’accroissement successif, accomplit par une métamorphose régressive, cette diminution et ablation tendant au terme final selon le désir de la nature, ainsi en est-il de notre être sublunaire.