Catégorie : Doubles, miroirs et contraires /

Molly en Calypso

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« Il la trouva chez elle, auprès de son foyer où flambait un grand feu. On sentait  du plus loin le cèdre pétillant et le thuya, dont les fumées embaumaient l’île. Elle était là-dedans, chantant à belle voix et tissant au métier de sa navette d’or. Autour de la caverne, un bois avait poussé sa futée rigoureuse : aunes, peupliers et cyprès odorants où gîtaient les oiseaux à large envergure, chouettes, éperviers et criardes corneilles qui vivent dans la mer et travaillent au large ».

HOMERE

Molly la chanteuse,  tisseuse comme Pénélope et oiseau comme Nora

La chambre : le pays du lit

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 » Il entendit alors un chaud soupir profond, plus léger, tandis qu’elle se retournait et que les anneaux de cuivres desserrés cliquetaient. Dois vraiment les faire resserrer. Dommage. Tout ce chemin parcouru depuis Gibraltar. Oublié le peu d’espagnol qu’elle savait. Me demande combien son père l’a payé. Modèle ancien. Ah oui bien sûr. L’a acheté à la vente aux enchères du gouverneur. Lui a été prestement adjugé. Sacrément dur en affaires, le vieux Tweedy. Oui, monsieur. C’était à Plevna. Je sors du rang, monsieur, et j’en suis fier. Pourtant il a été assez futé pour faire sa pelote avec les timbres… les timbres, images au derrière collant. » JJ

FACE A FACE LA CHAMBRE DE LA MERE MORTE ET LA CHAMBRE DE LA FLAMME VIVE

Stephen se fait chien

 

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Stephen the mummer, a poor dogsbody

un chien algue vague divagant

« Le chien trottinait sur les bords d’un banc de sable s’érodant, reniflant à droite à gauche. A la recherche de quelque chose égaré dans une vie antérieure. Soudain il détala comme un lièvre, oreilles baissées pourchassant l’ombre d’une mouette rasant l’eau. Le sifflet suraigu de l’homme s’abattit sur ses oreilles tombantes. Il fit demi-tour, quelques bonds le rapprochèrent, ses pattes moulinèrent à nouveau son trot. Sur champ orangé un cerf passant au naturel sans massacre. A la limite dentelée du flot il se campa droit sur ses pattes avant, les oreilles pointées vers la mer. Son museau levé aboiements lancés contre la clameur des vagues, troupeau de morses. Elles serpentaient vers ses pattes en boucles déroulant leurs crêtes infinies, la neuvième à chaque fois se brisant  et clapotant plus forte, du lointain, du large, des vagues , encore des vagues.

Le chien accourut en jappant , il se dressa pour les agripper de ses pattes levées, retomba sur ses quatre fers puis se dressa encore vers eux, démonstration muette d’ours mal léché, d’affection excessive. Dans l’indifférence générale, il continua à les accompagner  en direction du sable sec, tirant une loque de langue de loup rouge et pantelante de sa gueule. Son corps tacheté trottina vers eux puis il piqua un galop de jeune veau.

La charogne se trouvait sur son chemin. Il s’arrêta, renifla, se raidit pour tourner autour de lui, frère , approcha la truffe, tourna encore, reniflant rapidement comme un chien, la peau débraillée du chien crevé. Crâne de chien, flair de chien, les yeux baissés s’avance vers un seul et unique but. Ah pauvre corps de chien ! Ci-gît le corps du pauvre corniaud. »   James JOYCE

Stephen enfant

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« Laid et insignifiant. Cou maigre et cheveux broussailleux et une tache d’encre, la bave d’un limaçon. Pourtant quelqu’un l’avait aimé, l’avait porté dans ses bras et dans son coeur. Sans elle, le monde dans sa course l’aurait foulé aux pieds, flasque limaçon écrabouillé. Elle avait aimé son sang pauvre et aqueux tiré du sien. Cela était donc réel ? La seule chose sûre en ce monde ? Le corps prostré de sa mère. Elle n’était plus : le squelette tremblant d’une brindille brûlée au feu, une odeur de bois de rose et de cendres mouillées. Elle l’avait empêché d’être foulé aux pieds et puis elle s’en était allée, ayant à peine existé. Une pauvre âme partie aux cieux.

De son sang pauvre et de son maigre lait aigre, elle l’avait nourri et elle avait caché ses langes aux yeux des gens.

Tel il est, tel j’étais, ces épaules fuyantes, cette gaucherie. C’est mon enfance qui se penche près de moi. Trop loin pour que ma main la touche au passage ou du bout des doigts. La mienne est loin et la sienne est secrète comme nos yeux. Des secrets silencieux, pétrifiés trônent dans les palais sombres de nos coeurs à tous deux : les secrets lassés de leur tyrannie  : des tyrans désireux qu’on les détrône. »

 

Mother – Other

P1020062MER MORVE  & —————————— the snootgreen sea

MER MORTE ———————————- beastly dead

MER AMERE ———————————- the scrotum-tightening sea

MER VERTE ———————————– a green mass of liquid

MER EIRE ————————————– a great sweet mother

MERVEILLE & ——————————— a grey sweet mother

MERE VEILLE ——————————— our mighty mother

MER D’EIRE ———————————– circé transformant les hommes en porcs

MERE DE

MERDE & MERDE ————————— scutter

REMEMBER ———————————- memories beset his

MEMORIES ———————————– brooding brain

MERE  MORTE   &  ————————- folded away in the memory of  her toys

MER MORVE

MIROIR &  RASOIR

LA CROIX DU MOI ————————– mirrror and razor lay crossed

MURDERED

CROIS MOI

CRY

ECRIS MOI

UNE MEMOIRE

UNE MER DE MOTS ———————— mots mariés, blancs vagues miroitant

MOTS A MOTS

MOTS A MORTS

MOTS AMOR ——————————– vagues couplées au verbe, vif argent

MORDS MOI

MUMMER

MUM’S THE WORD ———————— mute secret words

MUMMY ————————————— white breast on the dim sea

MOTHER ————————————- sein blanc de la mer indécise

AMOUR A MERE

AMOUR HOMERE

AMER MYSTERE DE L’AMOUR ——– love’s bitter mystery

REMEMBER LE BOL MOUSSEUX —– the nickel shaving-bowl

LE VERRE D’EAU DU ROBINET ——– her glass of water

LE BOL BAIE ———————————- the ring of bay

LE BOL D’EAUX AMERES —————- a bowl of bitter water

LE BOL DE GLAIRES VERTES ———- the green sluggish bil

LE BOL DE MERDE VERTE

L’OMPHALOS

Le fils sans père

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Dedalus a plusieurs mères

une mère morte, la mer vivante et  la mère patrie

mais Dedalus n’a pas de père

un fils sans père

un fil sans suite

Dedalus cherche un père

Dedalus cherche un pair

Dedalus cherche l’impair , 1 + 1 = 1

Stephen Dedalus est le fils Icare

et aussi Dedale le père

ou le fils retourné en père