Catégorie : Corps et viande /

Des mots à triturer et torturer

 

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sueur sang  salive bave morve vomi sperme larme urine crachat pus

le corps fait des taches taches de vie, taches de mort

constellations palpitantes pleïades frémissantes nébuleuses jubilantes

page d’écriture

sur la peau du parchemin

des rides parcourent un texte tuméfié sur la toile de coton blanc

des humeurs s’écoulent

c’est une blessure qui supure de mots bourgeonnants

ratures et brûlures tatouent la peau des choses

page d’écriture

traits et entrailles se déchirent et se répandent en lambeaux de pages

la pulpe exténuée du papier griffée, ridée recueille des chips de signes effrités

dans le champ des brouillons emmêlés

la brèche du sens fendille la chair des signes

page d’écriture

des lignes se décomposent et moisissent dans l’inflammation du texte

la gangrène du sens hache la page

une charpie embrouillée balafres et gribouillis recouvrent la plaie sèche comme un livre

page d’écriture

(dédié  a Michel Butor – 2006)

Prendre le taureau par les cornes

 

 

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« J’ai fait un condensé de mon sujet dit M.Deasy. Il s’agit de la fièvre aphteuse ce mal du pied et du museau. Jetez-y un coup d’oeil. Il est impossible de voir la chose autrement. Je ne mâche pas mes mots, hein ?

Mal du pied et du museau. Connu sous le nom de préparation de Koch. Sérum et virus. Pourcentage de chevaux immunisés. Rinderpest. Chevaux de l’Empereur à Mürzsteg, basse Autriche. Vétérinaires. M . Henry Blackwood-Price. Offre courtoise un essai loyal. Les impératifs du bon sens. Problème ultrimportant. Dans tous les sens du terme, prendre le taureau par les cornes. Avec mes remerciements pour l’hospitalité de vos colonnes.

Je tiens à ce que ceci soit imprimé et lu dit M. Deasy. Vous verrez qu’à la prochaine alerte, ils mettront l’embargo sur le bétail irlandais. Et c’est guérissable. On l’a guéri. J’essaie de gagner du crédit au ministère. Maintenant je vais essayer la publicité. Je suis environné de difficultés, de… d’intrigues de… manoeuvres sourdes de…

Souvenez-vous de ce que je vous dis, monsieur Dedalus, fit-il. L’Angleterre est aux mains des juifs. »

Le sacrifice du boeuf

 

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Pylos leur apparut, la ville de Nélée aux solides murailles. Sur la plage on offrait de noirs taureaux sans tache, en l’honneur de Celui qui ébranle le sol, du dieu coiffé d’azur. Sur neuf rangées de bancs siégeaient les Pyliens, cinq cents hommes par rang, neuf taureaux devant chaque. Ils avaient mis la dent aux premières grillades et faisaient pour le dieu brûler les os et les cuisses.

Reine sois-nous propice ! donne nous beau renom, à moi, à mes enfants, à ma digne compagne ! Je sacrifierai une vache d’un an , une bête indomptée, dont nul n’ait encor mis au joug le large front et je te l’offrirai, les cornes plaquées d’or.

Nestor le vieux meneur de chevaux, répandit l’eau lustrale et les orges puis il fit à Pallas une longue prière et comme il prélevait quelques poils de la tête qu’il lançait dans le feu l’assistance en priant jeta des pincées d’orge.

Déjà, faisant un pas, le bouillant Nestoride Trasymède a frappé, et la hache a tranché les tendons cervidés : la bête tombe inerte, sous les clameurs sacrées. Le meneur des guerriers Pisistrate l’égorge : dans le flot du sang noir, l’âme quitte les os.   HOMERE