Catégorie : Chutes, effondrements et abîmes /

L’ombre des mères – 1 –

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C’est alors que survint l’ombre de feu ma mère, d’Anticléa , la fille du fier Autolycos … je n’avais qu’un désir : serrer entre mes bras l’ombre de feu ma mère … trois fois je m’élançai; tout mon coeur la voulait …trois fois entre mes mains ce ne fut plus qu’une ombre et un songe envolé … HOMERE

quand la mort nous prend, voici la loi : les nerfs ne tiennent plus , ni la chair, ni les os ; tout cède à l’énergie de la brûlante flamme ; dès que l’âme a quitté les ossements banchis, l’ombre prend sa volée et s’enfuit comme un songe … HOMERE

Sa tombe à elle est plus loin … je serai bientôt étendu à côté d’elle. Qu’Il me prenne quand il voudra. Elle est mieux là où elle est . J JOYCE

 

Le pays des villes fantômes

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« Une terre aride, stérile, désolée. Lac volcanique, la mer morte : pas de poissons, pas d’algues, au plus profond de la terre. Nul souffle de vent ne pourrait soulever les vagues, métal gris, eaux méphitiques bouillasseuses. Pluie de souffre, c’est comme ça qu’il l’ont appelée : les villes de la plaine : Sodome, Gomorrhe, Edom. Des noms morts tout ça. Une mer morte dans une terre morte vieille et grise. Vieille à présent. Elle a enfanté la race la plus ancienne, la première. Le plus ancien peuple. A parcouru dans son errance les confins de la terre, de captivité en captivité, se multipliant, mourrant, naissant partout. Elle s’étendait là maintenant. Maintenant , elle ne pouvait plus rien enfanter. Mort : celui d’une vieille femme : le con gris et défoncé du monde. Désolation. » JJ

Une mort verte et salée

 

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Vivre c’est marcher

Mourir c’est perdre pied, se noyer

mort amère, mort à mer, à mère

retour à l’élément liquide

corps submergé, englouti, gonflé,

ingurgité, digéré par l’eau

Le père de James Joyce à moitié ivre eut un jour l’idée de faire subir à James une expérience formatrice pour lui en le maintenant plusieurs minutes la tête plongée dans la Liffey. James ne lui en tint pas rigueur mais Stephen n’aime pas l’eau qu’il assimile à la mort au contraire de Buck Mulligan qui a sauvé un homme de la noyade.

« Un cadavre remontant blanc de sel échappé du ressac, au pas , au trot, au galop, tête de marsouin crevant la surface en direction du bord. Ca y est. Accroche le vite. Bien qu’il ait fait naufrage au plus profond des eaux. On l’a. Tout doux.

Sac empli de gaz de macchab, mouillette de saumure infâme.

Un frémissement de fretin engraissé d’une friandise spongieuse s’échappe par les fentes de sa braguette boutonnée.

Des souffles de morts, moi vivant j’inspire, foule une poussière de morts, dévore les abats pisseux de tous les morts.

Hissé tout raide sur le plat-bord, il exhale vers le ciel la puanteur de sa tombe verte, sa narine lépreuse ronfle à la face du soleil.

Une déferlante de changement tout ça, yeux marrons bleuis par le sel.

Mort en mer, la plus douce de toutes les morts connues de l’homme.  » JJ