Catégorie : Chien /

Stephen se fait chien

 

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Stephen the mummer, a poor dogsbody

un chien algue vague divagant

« Le chien trottinait sur les bords d’un banc de sable s’érodant, reniflant à droite à gauche. A la recherche de quelque chose égaré dans une vie antérieure. Soudain il détala comme un lièvre, oreilles baissées pourchassant l’ombre d’une mouette rasant l’eau. Le sifflet suraigu de l’homme s’abattit sur ses oreilles tombantes. Il fit demi-tour, quelques bonds le rapprochèrent, ses pattes moulinèrent à nouveau son trot. Sur champ orangé un cerf passant au naturel sans massacre. A la limite dentelée du flot il se campa droit sur ses pattes avant, les oreilles pointées vers la mer. Son museau levé aboiements lancés contre la clameur des vagues, troupeau de morses. Elles serpentaient vers ses pattes en boucles déroulant leurs crêtes infinies, la neuvième à chaque fois se brisant  et clapotant plus forte, du lointain, du large, des vagues , encore des vagues.

Le chien accourut en jappant , il se dressa pour les agripper de ses pattes levées, retomba sur ses quatre fers puis se dressa encore vers eux, démonstration muette d’ours mal léché, d’affection excessive. Dans l’indifférence générale, il continua à les accompagner  en direction du sable sec, tirant une loque de langue de loup rouge et pantelante de sa gueule. Son corps tacheté trottina vers eux puis il piqua un galop de jeune veau.

La charogne se trouvait sur son chemin. Il s’arrêta, renifla, se raidit pour tourner autour de lui, frère , approcha la truffe, tourna encore, reniflant rapidement comme un chien, la peau débraillée du chien crevé. Crâne de chien, flair de chien, les yeux baissés s’avance vers un seul et unique but. Ah pauvre corps de chien ! Ci-gît le corps du pauvre corniaud. »   James JOYCE